mercredi 10 novembre 2010

Une histoire banale


Lorsque j’ai remonté la rue Briquet Taillandier pour rentrer chez moi, je repensais à ces derniers jours, à mon ami Albert que je ne reverrai plus.

La dernière fois où je suis passé devant chez lui, une pancarte « à vendre » était accrochée à une fenêtre. Je me suis arrêté. Cette maison, elle aurait dû appartenir à André, tout comme l’héritage laissé par leurs parents. Albert, c’était un gars de l’assistance, un gamin que les Martin avaient récupéré pour lui donner une chance dans la vie. C’était de bonnes gens que les Martin. Mais à leur mort, Albert a appris que ça serait André qui récupèrerait tous leurs biens. Alors sa tête s’est mise à ne plus tourner rond. Alors moi, qu’avait toujours été son copain, j’ai fait tout ce que j’ai pu pour l’aider. Pour qu’il pense à autre chose et arrête de voir le mal partout. Je l’ai même emmené faire un tour sur les côtes belges là-haut. Pour sûr que revoir ces endroits où on avait passé pas mal de bons moments, je pensais qu’il aimerait. Je ne sais pas, il a dû prendre sur lui ou quelque chose comme ça, en tout cas, là-bas, il a rigolé avec tout le monde et tout. Mais sitôt qu’on a repris la voiture, il a remballé sur André et ses parents.

Après ça, je suis resté une bonne semaine dans le sud pour l’enterrement d’un oncle. J’avais peur pour Albert, mais quand je suis revenu, il n’avait rien fait, il était presque redevenu comme avant.

André allait revenir. Il comptait reprendre la maison qu’il avait quittée depuis des années, bien avant que ses parents ne décèdent. Mais Albert, qui y vivait depuis toujours ne voulait pas la laisser. Il voulait rester à Anzin. Dix jours avant qu’André n’arrive, Albert a disparu. Sans dire au revoir. Sans laisser de traces. J’ai demandé à nos copains du bar ou de l’Etoile, j’ai même été voir des gars avec qui il était en froid. Mais personne ne l’avait vu. On s’est inquiété auprès de la police, mais pour eux, Albert était grand. Il ne risquait rien.

Puis, André est arrivé. En ville on ne le connaît pas trop, il a fait des études à Arras, puis à Paris. Après on a plus vraiment eu de nouvelles. Il aurait fait sa vie avec une fille de Tours. Même pour Noël ou les jours fériés, il ne montait pas voir ses parents. Albert, ça le mettait dans tous ses états car même s’il était fier de son frère, dès qu’on parlait de son rapport à ses parents, André devenait un fils indigne. Pas même capable de présenter ses enfants à leurs grands-parents. Ces jours où André ne venaient pas, on était sûr de trouver Albert au bar, à se saouler jusque tard le soir.

J’ai demandé à André s’il avait des nouvelles d’Albert. Il m’a dit qu’il était parti en vacances dans le sud, qu’il ne s’intéressait plus à la maison. André ne se rendait pas bien compte, mais Albert n’aurait quitté cette maison pour rien au monde. Trop de souvenirs l’y rattachaient. Il avait passé toute sa vie à Anzin, dans cette maison, avec ses parents adoptifs, qu’il avait toujours vus comme ses vrais parents. Même moi, j’aurais voulu aimer mes parents autant, mais je pouvais pas. En tout cas, quand je venais chez les Martin, c’est sûr que j’y étais mieux que chez moi. Leur maison était à côté de l’ancien moulin. Petits, on y passait tout notre temps. C’est sûr que depuis ça en a perdu, mais à l’époque, c’était un terrain d’aventures. On ne disait à personne où on allait la nuit, mais on s’y racontait des histoires. Des trucs comme quoi des gens étaient morts plus haut et que leurs corps se coinçaient dans la roue du moulin, et d’autres trucs sur la Guerre. Adolescents, les histoires ont changé, mais toujours on revenait à ce moulin. Ce n’est que lorsqu’André a décidé d’y amener des filles pour fumer et coucher que nous avons arrêté d’y aller.

Si Albert était vraiment parti, c’est sûr, André allait récupérer la maison et les biens de ses parents. Mais s’il n’était pas vraiment parti, mais se terrait à l’abri quelque part, à guetter son frère ? Un après-midi, je suis retourné au moulin. La peur au ventre. Pas certain de faire quelque chose de bien. Mais quand je suis arrivé derrière, dans le terrain, j’ai tout de suite repéré Albert. Il campait, comme si de rien n’était. Je pense qu’il s’attendait à tout, sauf à me voir. A côté de sa tente, il y avait des vivres et le fusil. C’est ça que j’ai repéré en premier. Le fusil de Monsieur Martin. Il était chasseur, c’était son plaisir du dimanche à lui. Il n’acceptait la présence de ses fils qu’une fois rentré avec ses amis, au bar. Les garçons buvaient les paroles de leur père et des autres chasseurs tandis qu’eux buvaient et riaient.

Un matin, très tôt, pendant les vacances d’hiver, André avait pris le fusil de Monsieur Martin, en disant que s’il voulait pas les amener à la chasse, ils iraient seuls. Je n’ai vu Albert que le lendemain. Il ne parlait pas du tout. Je suis resté à côté de lui, jusqu’à ce qu’il me dise ce qu’ils avaient fait. Ils n’avaient rien trouvé dans les bois. Alors André avait poussé jusque chez les Corbeyre, des vieux que peu de gosses aimaient. Leur chien s’étant mis à aboyer, André avait armé le fusil et tiré. En plein dans le poitrail m’a dit Albert. Ils ne s’attendaient ni au bruit, ni à ce que l’animal ne meurt pas sur le coup et se mette à gémir au sol. Ils ne s’étaient enfuis qu’en voyant les lumières s’allumer chez les Corbeyre. Un fois, chez eux, ils avaient rangé l’arme en silence et étaient retournés se coucher comme si de rien n’était. Albert pleurait en me racontant cette histoire. Il avait peur que ses parents l’apprennent et soient déçus. Albert avait le même regard désespéré que cette fois, où enfant, il avait tiré sur le chien.

Albert m’a fait signe d’approcher. « J’aurais dû me douter que tu me trouverais. Je me suis planqué là à cause d’André. Je ne veux pas le voir prendre les objets des parents pour les vendre. Je ne veux pas voir partir leurs souvenirs, leurs traces. Je veux bien qu’il vive là, mais pas qu’il vide tout. Je veux pas. Il veut faire de la maison un gîte rural. Ici ? A Anzin-Saint-Aubin ? Non, mais quoi ? On n’a pas besoin de transformer notre maison en hôtel ou je ne sais quoi ! C’est nos souvenirs, ma famille. Mon seul chez moi. Lui il s’en fout, il est parti, il trouvait que … Oh ! Puis Merde ! J’en ai marre. Je vais partir. J’attends juste pour aller récupérer tout. Ou bien peut-être…Merde ! Quel con ! » Il avait craché tout ça d’un coup, sans me laisser le temps de lui parler. Juste de m’assoir à côté de lui et de regarder devant moi. Je savais que ça le travaillait tout ça. Je pensais même qu’il avait réellement perdu l’esprit et voilà que tout d’un coup il lâchait tout, de façon assez lucide. Sauf que là, moi, je savais pas quoi répondre. Alors je suis resté à côté de lui, prenant une bouteille qui traînait, entamée, entre nous. Il s’est passé pas mal de temps avant qu’il ne reparle.

« Tu sais, André va venir. Il sait que je suis là, c’était notre cachette, notre coin à nous. Même s’il m’a trahi plusieurs fois ici. Je sais qu’il va venir et je l’attends ! » Dans son regard, j’ai distingué de la détermination, comme s’il comptait commettre un acte irréparable.

Le lendemain, quand je suis retourné le voir, je l’ai trouvé mort. Abattu à bout portant. C’était pas beau à voir, mais c’était mon ami, alors je me suis rué vers lui. J’ai cherché à voir s’il était encore en vie, mais non. On dit plein dans choses dans les films, mais voir un ami mort comme ça, on y est jamais préparé. J’ai voulu appeler les pompiers, mais j’ai remarqué qu’il manquait quelque chose. Le fusil de Monsieur Martin. André était venu et pour je ne sais quelle raison, il avait tué Albert. J’ai attendu que le soir tombe à côté d’Albert, en buvant ses deux dernières bouteilles. Puis je suis allé voir son frère. Quand il m’a vu arriver, il est devenu pâle comme s’il voyait sa mort en face. Il savait pourquoi je venais et moi, je ne savais pas ce que je ferais. On s’est assis, sans un mot. On s’est regardé, cherchant à lire dans l’autre. Mais il a parlé. Il a commencé à me raconter son enfance, combien il aimait Albert et le jalousait. Il m’a raconté toute sa vie en quelques heures. Je ne comprenais toujours pas son geste, pourquoi il avait tué Albert. Je l’ai poussé à me raconter. Il a sorti une bouteille. Je voyais la sueur dans son dos et sur son front. Il a commencé à bégayer, à expliquer qu’Albert s’était caché derrière le vieux moulin, attendant qu’il parte pour rentrer à la maison. André lui avait proposé de rentrer, de discuter, de revoir ses projets, mais Albert ne le croyait pas. Après c’était assez confus dans les souvenirs d’André, mais ils se seraient racontés leurs souvenirs communs, les auraient interprétés avec leurs regards d’adultes, se rendant compte qu’ils ne s’étaient jamais vraiment compris. Et sans prévenir, le fusil serait arrivé dans les mains d’Albert. Il l’aurait braqué sur André avant de le retourner contre son torse en un geste maladroit. André n’avait rien pu faire. Et comme il avait mis les mains sur le fusil, il aurait pris peur qu’on l’accuse et serait rentré chez lui en état de choc. Quand il s’est tu, je me suis levé en finissant mon verre et je suis parti en silence.

Le lendemain, André a été retrouvé sous la vieille roue du moulin. Saoul, il se serait pendu à la roue avant de tomber et de s’étouffer dans la boue.

Et je repense à mes amis, à ces frères qui ne se sont jamais vraiment compris et parlé franchement, s’ils avaient fait cet effort, rien ne se serait passé comme ça... Chaque fois que je repasserai devant le moulin, ce ne sont pas ces souvenirs que j’aurai, mais leurs têtes tels qu’ils étaient aux derniers moments, morts et malheureux.

jeudi 21 octobre 2010

Orgueil et préjugés et zombies de Seth Grahame-Smith

Si j'ai lu Orgueil et Préjugés de Jane Austen, c'était dans le but de comparer avec une adaptation amusante appelée "Orgueil et Préjugés et Zombies" de Seth Grahame Smith.
En effet, je pense que bien qu'il soit parfait, le roman de Jane Austen manquait singulièrement de Zombies. C'est indéniable! Vous avez vu des Zombies dans son roman? Non?! C'est justement parce que ça manque de Zombies. C'est de ce constat qu'est parti Seth Grahame Smith. Il a donc repris le texte original en le parsemant de Zombies.
Riche idée n'est-il pas?

Et bien, finalement, moi qui suit fan de Zombies, je n'ai même pas réussi à finir de lire la version avec les Zombies. Je ne sais franchement pas si c'est dû à la traduction ou réellement au texte, mais je n'ai pas adhéré une seconde au roman. Alors que j'ai vraiment été fan de la version de Jane Austen.
Dans Orgueil et Préjugés et Zombies, en version française, le texte est clairement moins bien écrit que dans Orgueil et Préjugés. Le niveau de langueage est plusieurs crans en dessous du classique. C'est là que je ne comprends pas. Orgueil et Préjugés et Zombies va être adapté au cinéma par Lionsgate. Le roman a cartonné outre-atlantique. Mieux encore, il a été adapté en BD et il y aura peut-être (je pense que c'est un "fake") une version Orgueil et Prédator et il y a eu un Abraham Lincoln Vampire Hunter... Mais pourquoi alors, je n'accroche pas?
Je trouve, outre le niveau de langage vraiment déplorable comparé à la version de Jane Austen, que les Zombies n'apportent rien à l'histoire.
Le potentiel qu'apportent les Zombies est énorme pour une œuvre classique (regardez l'effet qu'a eu Twilight sur les ventes des romans de Brönte), et à défaut d'être énorme, elle amène une lecture plus ludique de l'œuvre et peut permettre un nouveau regard sur le texte original.
Mais là, rien, ça ne veut pas prendre. Les Zombies n'apportent rien à l'histoire, sont traités comme du décor et pas vraiment un élément à part entière de l'histoire...
Bref, on est face à une grosse blague qui n'en est pas une. Certains qualifient ce livre de fanfiction (à l'image des nouvelles rédigées autour d'un personnage d'un jeu vidéo, d'une scène d'un film, ou de je ne sais quel autre "truc" tiré de je ne sais quel autre "média") qui aurait réussi, d'autres d'arnaques et clairement d'autres le considèrent comme une œuvre intelligente et "utile".

Tout ce que je peux en dire c'est que si ce n'est pas un défaut de traducteur qui rend le texte si mauvais (j'insiste sur ce point puisque d'après ce que j'ai lu, Seth Grahame Smith aurait gardé 85% du texte d'origine, or en français, le texte "d'origine" est mieux écrit dans le classique que dans la version avec Zombies), le livre en lui-même ne m'a rien apporté d'un point de vue "plaisir de lire", ou même d'un point de vue "culture Zombie"...

Bref, une pure déception pour moi...

Meto la trilogie d'Yves Grevet

Si vous passez souvent en librairie, vous devez forcément avoir vu la couverture du premier tome. Une couleur orangée, un enfant masqué qui avance sur le côté mais qui semble nous regarder.

Meto est un enfant vivant dans une Maison très particulière. On y suit des règles strictes et assez incroyables, lorsqu'on atteint une certaine taille on est enlevé de nuit, sans un bruit. Le premier tome présente cette Maison, ses habitants (ayant tous des noms évoquant des noms romains en "-US"), ses professeurs ayant tous le même prénom (César) suivi d'un numéro. Bref, une ambiance oppressante et "bizarre". Le lecteur y suit Meto, un enfant qui cherche à découvrir ce que cache cette vie, qui croit se souvenir d'un "avant". Au fur et à mesure des découvertes, on est lié aux personnages du roman, on veut aller plus loin dans l'exploration. On veut comprendre ce qui est caché derrière "tout ça". La fin du premier tome ne peut nous empêcher d'éprouver une frustration et de vouloir aussitôt enchaîner sur le second tome. Tome, qui lui aussi, donne tout autant envie de dévorer le troisième. Et ce n'est qu'à la fin du troisième tome qu'on se dit que définitivement, on a là une trilogie remarquable, une oeuvre qu'on ne peut oublier. Et accessoirement, on se prête à regretter qu'Yves Grevet n'ait pas été purement mercantile, ne se soit pas livré, comme nombre d'auteurs jeunesse à l'exercice d'une saga plus longue. Heureusement qu'il ne l'a pas fait puisque les trois tomes sont vraiment époustouflants et marquants.
Parler de la suite du roman et de la trilogie serait révéler trop ce que cache l'histoire, mais disons simplement que le monde que présente Yves grevet est prenant, saisissant et tout de même assez effrayant. Meto est entouré d'amis, de traîtres, d'ennemis. L'auteur n'hésite pas à confronter son héros à des situations difficiles, si bien qu'un adulte pourra lire le livre après l'avoir offert à son enfant, ou qu'un enfant pourra le prêter à son parent après l'avoir lu.

Je rêve de voir une adaptation en film de ce roman (je soupçonne l'auteur d'y avoir pensé tant certains moments sont assez "cinématographiques"), une ambiance qui pourrait commencer un peu comme "les Choristes", mais virant rapidement vers l'univers propre à celui dans lequel Meto évolue.

Yves Grevet a un style d'écriture agréable à lire, les rebondissements ne sont pas tous prévisibles, sans pour autant provenir de nulle part. Les personnages sont attachants (pour peu qu'on ne s'emmêle pas les pinceaux entre les prénoms en -US ou les prénoms composés...) et la narration est "efficace" (en ce sens où on a envie d'en savoir plus, ou certaines ellipses sont "frustrantes" mais bien pensées).

Bref, c'est une trilogie bien menée, sans temps mort et sans scène inutile. Tout est parfaitement agencé comme dans une grande histoire.
Je n'ai qu'une hâte (après celle de voir Meto adapté en film), c'est de voir Yves Grevet nous présenter un nouveau roman. Qu'il soit classé en adulte ou en jeunesse!

Orgueil et Préjugés de Jane Austen

Ami lecteur, bonjour!

Comment peut-on, aujourd'hui en 2010, parler encore d'un livre publié en 1813? Comment, le faire même, lorsqu'on est un homme, qui aime surtout le fantastique et qui ne s'intéresse que rarement aux classiques?
Et bien, ma foi, en se disant qu'il peut être intéressant...

Et bien, mes amis! Quelle surprise!
Jane Austen, âgée d'à peine plus de 20 ans écrit un roman drôle, captivant, dépeignant une certaine société britannique, mais d'une façon tellement prenante qu'on ne peut oublier par la suite les Mr Darcy ou les Elizabeth et Jane Bennet, leur mère, ou les Bingley...
L'histoire est assez simple à résumer. Les soeurs Bennet sont plus ou moins en âge de se marier, elles rencontrent des hommes bons partis ou non, et vont ou non les épouser. Elizabeth tombe amoureuse d'un homme que tous considèrent comme pédant et désagréable. Même elle le verra longtemps sous un mauvais jour. Sa soeur Jane est amoureuse d'un homme qui semble, lui aussi amoureux d'elle, mais qui pourtant va s'éloigner. On apprendra que c'est de la faute de ses vilaines soeur et de son meilleur ami. L'une des soeurs Bennet s'enfuit avec un homme menteur et profiteur. Mais finalement, malgré moult péripéties de Salon, tout se termine bien. Bien que l'histoire se déroule principalement en intérieur, on est pris dans le voyage, on se retrouve avec les Bennet et leurs proches. On voit les paysages entrevus lors des voyages ou par les fenêtres des salons, on aime ou on déteste les gens aimables ou non. On est totalement pris dans les descriptions faites par Jane Austen. C'est là que réside la force de ce roman. Toute la finesse de l'écriture est dans ce jeu de "ou non", dans les hésitations des héroïnes, dans celles des hommes qu'elles rencontrent, dans le jeu des convenances, dans les non-dits. Jane Austen touche précisément les points qu'il faut pour émouvoir, prêter à rire, ou à critiquer les us et coutumes des anglais de l'époque. Elle parvient à présenter ses contemporains d'une façon amusante, on devine aisément les moments où elle tire sur de grosses ficelles, où elle "parodie" une façon de penser.
Comment ne pas aimer un livre où l'histoire n'est pas le cœur du livre, où l'auteur préfère dépeindre la société dans laquelle évolue ses personnages, préfère s'arrêter sur les pensées qui découlent de la réception d'une lettre ou d'une phrase pensée à haute voix? Jane Austen le fait tellement bien qu'on ne peut être que déçu lorsqu'arrive la dernière page du roman. On ne peut qu'avoir envie d'en lire un autre, voire de le relire.
Le style est bien plus qu'agréable à lire, on sent la moquerie, gentille ou cynique, on sent l'humour, on sent le regard amusé qu'elle avait lorsqu'elle écrivait ce livre.

Je ne regrette certainement pas d'avoir lu ce livre si tard dans ma vie, puisqu'avant je n'aurais sans doute pas su apprécier le piquant de l'écriture. Je n'aurais sans doute pas compris de la même façon tous les moments savoureux qui parsèment l'histoire. Je n'aurais sans doute pas pris la peine de lire entièrement un livre si "sentimental" et "personnel".
C'est amusant de voir qu'on peut dévorer un livre comme Orgueil et préjugés, mais qu'on ne peut arriver à lire des livres classés dans les secteurs "sentimentaux" de notre époque ou de nos auteurs classiques.

En attendant, je comprends pourquoi ce livre fait partie des grands classiques de la littérature. Il m'a fait le même effet que les trois mousquetaires, c'est une véritable perle qu'il faut avoir lu avant sa mort pour ne pas regretter d'être passé à côté de quelque chose "d'énorme" !

jeudi 12 août 2010

La trilogie des Sentinelles, Loukianenko

Bonjour,
Comme vous l'aurez constaté dans ma critique précédente, j'ai très fortement apprécié les sentinelles de la nuit, du jour et du crépuscule. Et encore, c'est un doux euphémisme tant cette lecture m'a transporté, m'a immergé dans un monde totalement nouveau, tellement Loukianenko est retors, conteur, et "balèze".
En trois semaines, j'ai dévoré ses trois romans. Qui, pourtant, sont assez gros et divisés en trois histoires.
Alors après avoir lu le premier tome, je me suis dit "Impossible de ne pas lire le suivant!" et aussitôt le second terminé, je me suis dit "Je sens que je vais être frustré à la fin de ma lecture du troisième tome, il n'y a plus de Loukianenko en langue française!". Et ça n'a pas raté, sitôt mon troisième tome terminé, j'étais sur ma faim, presque déçu que ça s'arrête là (Pourtant nous avons une "vraie" fin!)
Qu'est-ce qui peut faire qu'on accroche autant à ces histoires?
D'un point de vue technique, la combine de Loukianenko fonctionne à merveilles. Il mêle à son talent de narrateur, de conteur, une incroyable capacité à créer des intrigues prenantes et qui tiennent la route. Il distille au fur et à mesure des histoires, des informations et des détails qui complètent son univers, qui précisent énormément de choses. Si bien que sans vraiment s'en rendre compte, lorsque la fin des histoires arrive, on se dit "Flûte! J'avais tous les indices sous les yeux!" Et c'est tout simplement parfait! On n'est pas floués! Il n'y a pas de "truc" caché qu'on ne peut voir et que seul le personnage principal repère. Là, si on réfléchit, on a la solution. S'en est frustrant quand à la fin du troisième tome on se rend compte, qu'encore une fois, ça marche!
Toujours sur le talent de l'auteur, il parvient à présenter son pays et sa culture en appuyant quelques stéréotypes et en les mélangeant à de vrais éléments culturels méconnus des "occidentaux". J'ai appris énormément de choses sur la Russie contemporaine et j'en suis plus qu'heureux.
Ensuite, concernant les histoires elles-mêmes. Comme je l'écrivais à l'instant, Loukianenko maîtrise sa narration et le contenu des histoires. Mais il parvient, en plus, à rendre chacun des personnages crédibles, on éprouve pour eux des sensations diverses. Et quand en lisant on se met à dire "Mais il est bête ou quoi? On vient de le mettre en garde et il fonce droit dans le panneau!", c'est tout simplement incroyable je trouve. On rentre littéralement dans l'histoire, qu'on apprécie le personnage principal ou pas, qu'on haïsse ou prenne en pitié tel ou tel protagoniste. Bref, on est au coeur de Moscou, avec chacun des Autres de la Ville.
S'ajoute à celà, la mythologie créée par Loukianenko. Il a su reprendre "à sa sauce" les grandes figures du fantastique. On retrouve donc les mages, les sorcières, les vampires et autres loup-garous, à notre époque, dans notre monde. Mais on est loin, très loin des classiques "Twilight", "Entretien avec un Vampire" ou autres images classiques de ces êtres fantastiques. Là, chacun de ces êtres est un "Autre", s'intégrant parfaitement dans une sorte de hiérarchie liée aux pouvoirs des "Autres". Même cette hiérarchie se clarifie au fil des tomes. On comprend d'où vient la "Force" des "Autres", leur influence sur la nature, l'origine de leurs différences. On part d'un schéma très facile à comprendre, pour en fin de lecture, se rendre compte que tout est bien plus complexe. J'imagine très facilement des lecteurs du premier tome se dire "Mouais, le bien contre le mal. Des forts en haut et des moins forts en bas, etc"... Et bien qu'ils se détrompent. Rien n'est figé. Le monde change et Loukianenko prend en compte cet aspect de notre réalité dans son univers.
Un exemple? Les Vampires sont des "Autres" qui sont "Sombres". Ils tuent des gens et peuvent ne pas réussir à se contrôler du tout. En fait, être "Sombre", ce n'est pas nécessairement faire le mal, c'est penser à soi avant de penser aux autres, et encore, même là c'est schématisé... Bref, s'ils tuent les gens et sucent leur sang c'est pour se nourrir. Oui, mais ils n'ont pas besoin du sang pour un aspect physiologique. Le sang est vecteur de sensations, celles de celui à qui il appartenait. Il est plus nourissant si les sensations étaient fortes. Qu'elles soient négatives, positives ou ressenties par une personne plus ou moins émotive... Les vampires ont des autorisations pour tuer des humains et s'en nourrir. Et ces autorisations sont délivrées par les Clairs...
Et voilà le début d'une longue piste de réflexions sur le bien le mal, le vampirisme, tout ce qu'on peut imaginer et sous-entendre de ce qu'écrit Loukianenko.

Vous l'aurez compris, j'ai été totalement emballé par cette oeuvre. Malgré des couvertures IMMONDES, sans AUCUN rapport avec le contenu des livres. Des quatrièmes de couvertures totalement inutiles et elles aussi, assez éloignées de ce que racontent les livres...
A croire qu'Albin Michel a sorti des livres en espérant montrer que les auteurs Russes de fantastique contemporain sont kitsch et ne se vendent pas... C'est tout simplement sidérant!

Donc si j'ai deux conseils à vous donner, c'est de lire à tout prix ces livres, et de customiser les couvertures pour pouvoir lire sans honte!


Lesendar qui éprouve à nouveau de l'admiration pour un écrivain en vie^^

jeudi 22 juillet 2010

Night Watch : Les sentinelles de la nuit. Loukianenko

Night Watch : Les sentinelles de la nuit. Un roman de Loukianenko.

Ayant vu le film il y a quelques années déjà, et ayant eu une cliente "fan" de ce roman, je m'étais promis d'y jeter un oeil un jour. Même si le film (un gros carton en Russie (comme pour les romans d'ailleurs)), m'avait laissé avec une impression de "grand n'importe quoi Kitsch".
Je suis tombé sur le livre par hasard il y a quinze jours et je n'y ai pas seulement jeté un oeil, je m'y suis entièrement plongé!

Les sentinelles de la nuit est pour moi un roman difficile à présenter. Pourquoi? Préparez-vous à sourire de manière sarcastique...
L'auteur y mélange la magie, les vampires, les lycanthropes, la lutte de la lumière contre l'obscurité.
Vous avez envie de sourire? C'est normal.
Pourtant, l'auteur a parfaitement réussi son coup. La lutte entre les deux puissances est loin d'être manichéenne, on est assez loin d'un simple Gentil/méchant, Bien/Mal. Le lecteur ne sait pas vraiment s'il doit prendre partie pour tel ou tel groupe malgré la naration subjective d'Anton. Un mage blanc faisant partie des sentinelles chargées de contrôler les "sombres".

Qu'est-ce qui fait que ce livre ne tombe pas des mains et happe le lecteur à ce point me demandez-vous?
C'est bien simple. L'auteur sait raconter une histoire. La trame semble simple à suivre et l'est en partie, pourtant on se retrouve embarqué dans des trahisons, des non-dits assez régulièrement (et on en redemand!). Les personnages sont attachants, même ceux du "mauvais côté". J'irai même jusqu'à dire qu'on "y croit" tant le narrateur parvient à en "parler" de manière vivante et à les intégrer dans la vie moscovite. D'ailleurs, le fait que l'histoire se déroule à Moscou, de nos jours, donne au roman un aspect exotique qui est loin de déplaire.
Ajoutons à cette intrigue bien menée, ces personnages intéressants et ce fantastique, une narration efficace, claire, chargée de réflexions sur notre monde et nos cultures. Là nous obtenons un roman fantastique complet, intelligent, qui, quelque part, dépeint la société russe contemporaine.

J'ajoute aussi que le roman est constitué de trois histoires. Trois histoires qu'on dévore les unes après les autres, tant on a envie d'en savoir plus sur les personnages. Elles se suivent chronologiquement et nous plongent encore plus dans l'univers des Autres.

Pour aller plus loin, il existe deux autres romans (en français) permettant de se faire encore plus plaisir: Day Watch et Twilight Watch. Deux romans présentant les autres "groupes" vivant à Moscou.


Voilà, c'est une courte critique pour vous présenter un roman qui m'a vraiment plu. Si par hasard, vous passez par ce blog et que j'ai réussi à vous donner envie de lire Loukianenko, n'hésitez pas à venir me faire signe :)


Des liens:
Sur le cafard
un blog
Le site de l'auteur

mardi 22 juin 2010

Jpod de Douglas Coupland

Jpod de Douglas Coupland chez Le Diable Vauvert.

Avez-vous déjà lu un livre qui vous ait tant transporté que le résumer en est devenu impossible, voire même dont le simple fait d'en parler déflore la trame, la narration? Qu'il vous semble peut-être même impossible de lui rendre hommage à sa juste valeur?
Voici mon problème avec Jpod.

C'est un Chef d'oeuvre!
Le style d'écriture est entraînant, vivant, dynamique. La narration est entrecoupée de détails, de publicités, d'idées, etc... (Visuellement, ça donne un livre totalement différent de ce qu'on a l'habitude de lire). Avec la masse d'informations futiles ou pas qu'on amasse, on veut tout vérifier, on veut "faire comme" les personnages du roman. Bref, on est happés par l'histoire que l'auteur raconte et par ce qu'il ne raconte pas. C'est bluffant.

L'idée de base, si je parviens à la résumer correctement tient à ceci: "Ethan travaille à Jpod, dans une entreprise de jeux vidéos. Ses collègues et lui doivent inclure un personnage de tortue (parce que les tortues sont "cools" d'après leur nouveau responsable!) dans un jeu de skateboard où une tortue n'aurait logiquement pas sa place. Mais Coupland ne s'arrête pas à ça, loin s'en faut. S'en tenir à ce "pitch", ça aurait été trop simple. Il se lance dans des digressions captivantes, crée des personnages crédibles et charismatiques, les plonge dans des situations hallucinantes (mais crédibles!). Si bien qu'on voudrait presque que le livre ne s'arrête jamais, qu'on voudrait voir ces personnages pour discuter avec eux...

Tout au long du livre, l'auteur nous immerge dans une culture que tous ne chercheront pas à comprendre, celle de ma génération, la génération des trentenaires qui sont nés une seconde fois lorsque Internet est arrivé. Lorsque la moindre question idiote trouve une réponse via "google". On est à la limite extrême de la culture Geek. Les plus âgés pourront ne pas adhérer, pourtant ce livre est, pour moi, un miroir de notre époque.

Oserai-je conclure en écrivant que Douglas Coupland a écrit ici le livre d'une génération?
Oui j'ose! Et je dis même qu'il ne faut le manquer sous aucun prétexte!

Un grand merci au Diable Vauvert qui encore une fois nous livre un livre de qualité!


Voici quelques liens pour ceux qui voudront en savoir plus sur l'histoire, le livre, Coupland ou le Diable vauvert:
- Le diable vauvert: www.audiable.com
- Douglas Coupland: www.coupland.com et fr.wikipedia.org/wiki/Douglas_Coupland
- Jpod: www.jpod.info
- Différents blogs parlant de Jpod: Krinein, Chronicart

Et encore, il y a la dose de liens à trouver par vous même :)

Edit: Ne ratez pas ce livre!