mardi 5 mai 2009

Explications des deux textes

Ouais je sais. J'aurais pitêtre pas dû écrire sur ce thème. Mais j'ai eu ces images en entendant cet "hallucinant fait divers" aujourd'hui! Comment peut-on tuer comme ça autant de personnes dans un espace si réduit. Ce n'est pas un comment "pratique", mais psychologique... J'ai eu des images en tête que je n 'ai pas vraiment cherché à vous donner, mais l'idée de base est là.
Je suis désolé si ça peut gêner des gens, mais bon, ça devait sortir et c'est simplement comme ça que ça sort...
-"Mesdames et messieurs voici une nouvelle phase dans notre tournoi. Vsevolod notre leader devra cette fois-ci gérer une dizaine de personne, mais bien une quarantaine. Selon ses propres dires, il pourrait faire bien mieux, mais nous préférons le confronter à une difficulté croissante afin de ne pas gâcher un plaisir qui de jour en jour vous attire de plus en plus nombreux pour notre incroyable émission que VOUS avez baptisée les arènes du Sang! Voyez le village où Vsevolod devra agir. Voyez d'ailleurs notre champion se promener l'air de rien. Je suis prêt à parier qu'il est en train de mesurer les distances, de rechercher les meilleures prises pour les escalades éventuelles ou les meilleures positions pour les retraits et les champs de tir. Vsevolod en plus d'être notre champion est tout de même un incroyable tacticien. Regardez, il arrive devant... Ah! Attendez, on me signale qu'il veut parler."
Une voix polonaise, grave et rauque, enchaîne sur celle du présentateur et se fait relayer par un traducteur.
"C'est là que la fête aura lieu! J'ai réussi à avoir les clés de la part du chef du village. Il est fier de voir sa fille se marier ce soir." La porte s'ouvre sur une grande salle, avec une longue estrade sur la droite, une porte au fond. Les pas de Vsevolod amène rythment son déplacement, le spectateur est amené en même temps que l'épaule de Vsevolod sur laquelle est posée la caméra, vers le fond de la salle. "Voici la cuisine. 60 personnes maximum dans la cuisine et la salle."
La voix du présentateur coupe les paroles du champion." Il est tout simplement incroyable! Il ne lui aura fallu que quelques minutes pour arriver dans le village, tâter le terrain et obtenir les clés. A peine dans la salle il sait sans doute déjà comment s'y prendre. C'est tout simplement un CHAMPION!" Pendant que le présentateur parle, l'écran géant continue de diffuser les images de Vsevolod qui continue de marcher dans les rues de la ville tout en observant attentivement les environs. La salle des fêtes, non loin une station service minuscule et une épicerie. Rien d'extraordinaire, mais de quoi glaner quelques points. Depuis le début, il n'y a qu'un "poulain" capable de suivre de très près Vsevolod, et il ne désire pas lui laisser la main. Depuis que l'émission existe, il ne craint plus pour sa vie autant qu'avant, les dispositifs de sécurité et l'argent mis à sa disposition lui permettent de vivre aussi à l'aise que possible.
Quelques minutes s'écoulent avant que le présentateur achève ses banalités et rendent l'antenne en promettant un grand spectacle pour le soir.
Dans la rue en bas des studios de production, les manifestants ne se dispersent pas. Les forces de police ont beau sécuriser le secteur, il en arrive sans cesse toujours plus pour demander que l'émission ne s'arrête au plus tôt. A l'inverse, les spectateurs étant toujours plus nombreux et avides, l'émission gagne de l'audimat et donc du terrain vis à vis de ses concurrentes. Filmer des mercenaires en action, c'était le stade ultime de la télé réalité. Flirtant avec la loi et la justice, les producteurs ont su se payer les meilleurs avocats pour défendre leurs droits. Jusque là, l'émission cantonnée sur une chaîne privée du câble, pourrait arriver à passer sur des chaînes plus accessibles au grand public.
En attendant, le présentateur exulte dans sa loge en pensant à l'émission du soir. Normalement, d'après les informations récupérées tant par Vsevolod que par ses collaborateurs, il devrait y avoir entre 40 et 50 personnes présentes ce soir. Du grand spectacle. Juste après que Vsevolod soit passé, les équipes techniques ont installé les caméras et les micros partout dans la salle de sorte à obtenir les meilleures vidéos possibles.
...
L'émission du soir commence. La nuit ne devrait pas tarder à tomber sur le village où tous les habitants ou presque se dirigent vers la salle des fêtes pour fêter le mariage de la fille du maire. Par ce mariage, heureux, les tensions entre de nombreuses familles devraient s'atténuer. Depuis plusieurs années, les conflits sont fréquents et les vendetta s'enchaînent les unes après les autres. Le présentateur énonce les diverses raisons émises par les habitants du village interrogés. Rien de bien clair, mais énormément de disputes, de brouilles et d'affaires sordides semblent prendre chair au fur et à mesure des explications. Si ce mariage permet d'apaiser l'ambiance du village et des hameaux alentours, tout le monde aurait à y gagner. Hélas pour le secteur, heureusement pour l'audimat, des membres d'une des familles rivales a pu joindre Vsevolod pour qu'il s'occupe de cet événement. Pour eux, pas question qu'une paix plus ou moins longue s'installe, surtout si elle est due à la famille du maire. C'est lui qui en tirerait tout le bénéfice, de plus, l'alliance concernant deux familles assez importantes, l'autre resterait trop en retrait...
Vsevolod armé de grenades et de ses deux mitraillettes apparaît à l'écran, sa voix et celle de son traducteur s'élèvent au-dessus de celle du présentateur qui laisse la place de bon cœur. S'effaçant servilement, avec un sourire de tombeur, le grand écran devient le centre de l'attention. Les psychologues et autres spécialistes invités pour l'événement se tiennent raide droit face à l'image du champion. Ce dernier, vêtu d'un treillis et d'une veste paramilitaire termine d'enfiler sa cagoule. Il a attaché une bandoulière de munitions et de grenades autour de son torse, et à sa ceinture un couteau et d'autres munitions sont accrochées. Il se dirige au pas de course à travers les bois, sa caméra d'épaule et son micro enregistrant tant sa respiration que ses pas brisant les vieilles branches que le bruit sourd de la musique du mariage. Arrivé en surplomb du village il s'arrête un instant et observe les derniers arrivants entrer dans la salle. Là il se rue comme un dément vers le village. A quelques mètres de la salle, il prend son temps pour souffler, laisse sa mitraillette pendre devant son ventre et arme ses grenades. Lorsqu'il entre, il repère aussitôt les groupes et lance ses grenades sur la piste de danse et vers les tables du bar. Aussitôt des invités se mettent à hurler et à courir dans tous les sens, tandis que d'autres se planquent. Il tire sur tout ce qui bouge, privilégiant les rafales courtes. Les producteurs, dans leurs studios choisissent les meilleurs angles de vues avec les caméras, zoomant sur le bras disloqué de la mère tenant un enfant mort, ou sur la grand-mère dont la robe est déchiquetée par le souffle de la grenade à fragmentation. Elle pleure tout en s'effondrant dans son sang. Les techniciens du son étouffent ou amplifient telle ou telle source pour que le public soit encore plus en immersion totale. Vsevolod lance deux autres grenades le plus loin possible vers la sortie "cuisine" où la porte est coincée par tous ceux qui cherchent à s'y engouffrer. Le temps qu'elle explose, il continue d'arroser à tout va et les caméras se braquent sur la masse compacte de gens hurlant, à l'instant où la grenade atterrit parmi eux, ils cherchent à se disperser, mais dans une telle confusion que nombreux sont ceux à tomber. Le nombre des victimes se détache nettement en bas de l'écran. Lorsque le seuil des 15 personnes est dépassé, il devient rouge et clignotant, signifiant ainsi que Vsevolod bat son nouveau record. Le public retient son souffle, les techniciens profitent de ce qu'il y a moins de monde debout pour faire des effets de ralenti ou pour filmer la lente agonie d'une enfant aux viscères se répandant sur le sol. Vsevolod ne voit plus la moindre personne courir, quelques courageux ont bien tenté de s'approcher de lui, mais il les a surpris à l'aide d'un pistolet caché dans son dos. Les autres, planqués sous les tables ou sous des corps prient de toutes leurs forces. Lorsqu'une des caméras parvient à faire un gros plan sur l'un d'entre eux, les techniciens du son atténuent tous les autres bruits de pleurs, cris de douleurs, et autres sons discordant pour tenter de capter la respiration de cet homme et ses propos. C'est à l'instant précis, où tendus à l'extrême ils commencent à être satisfaits de leur travail que Vsevolod achève d'une balle en pleine tête le malheureux. Dans les studios tous les spectateurs et les techniciens ont un mouvement de recul tant la surprise est forte. Et si cet homme avait survécu?
Le chiffre de 44 apparaît sur l'écran lorsque Vsevolod termine le rapide tour de la salle. Il met le feu à plusieurs nappes et y répand de l'alcool avant de sortir au pas de course. Il aperçoit des gens arriver en courant pour voir ce qu'il se passe et les abat sans même prendre le temps de ralentir. Ce n'est qu'arrivé dans les sous bois où l'attendent les équipes de l'émission qu'il prend le temps de souffler. Gardant un visage sec et dur, il ne peut s'empêcher de sourire tant il est fier de lui. En plus d'avoir pris son pied, d'avoir pu battre son record, il sait qu'il est passé devant quatre hommes qui seront arrêtés à sa place. Dans ce pays, il possède une immunité totale. Pour diverses raisons les politiques tant que les forces de l'ordre ferment les yeux sur ses agissements. Au départ, il craignait que sa nouvelle notoriété ne l'empêche de continuer à agir ainsi, mais finalement au contraire, il avait même pu dépasser les frontières de sa zone d'activité et s'offrir des "virées dans de nouveaux coins".
Vsevolod est heureux et glisse ses mots mythiques de chaque fin d'émission: "A la prochaine, en souhaitant qu'on ne se croise jamais!" Le présentateur reprend l'antenne aussitôt. Laissant planer un silence obscène durant quelques secondes. Puis, les caméras braquées sur lui, il les dirige vers les spécialistes en lançant le flot de questions devenues habituelles concernant tant Vsevolod que ses victimes ou la politique intérieure... Nombreux seraient les spectateurs à changer de chaîne si les spécialistes n'étaient pas tous attirants physiquement à leur façon.
Alors que la sublime psychothérapeute de Vsevolod commence à prendre la parole, le présentateur tend une main vers son oreillette tout en signalant à la femme d'attendre.
"On m'apprend qu'en ce moment même Robby Wallee n'est qu'à quelques kilomètres du véhicule ramenant Vsevolod chez lui! Dans leurs contrats respectifs, il est clairement stipulé que Vsevolod et Robby doivent toujours laisser une distance d'au moins cent kilomètres entre eux. Robby Wallee aurait commencé à se filmer lorsque Vsevolod aurait été pris en charge par nos équipes." Encore une fois le présentateur se fait couper par l'enchaînement d'images provenant de l'épaule du poulain.
"Messieurs dames, je suis au regret de vous apprendre que vous venez de voir pour la dernière fois votre champion. Vsevolod doit laisser sa place dès ce soir à sa relève. Si vous désirez assister à sa chute, si je puis dire, mettez en simultanée nos caméras respectives." Contrairement à son adversaire, Robby a un phrasé magnifique allié à un accent britannique très fin. C'est cet aspect de dandy qui plaît principalement au public, mais c'est aussi cet aspect qui le rend plus détaché des besoins primaires des spectateurs. Lorsqu'il a battu son propre record en pleine rue, les célébrations de l'événement furent moins spectaculaires que pour celui battu par Vsevolod la veille... "Alors? Vous avez lancé les caméras? Regardez..." Tout en conduisant, il montre une télécommande sur laquelle se trouvent trois boutons jaunes. Il en presse un, et au même instant, la caméra de Vsevolod révèle toutes ses capacités techniques. En effet, en explosant, le pilote devient un amas de chairs en mouvement, sang, viscères, peau et membres giclent dans tous les sens alors que la caméra de Vsevolod fait le point sur ce qu'elle voit automatiquement. Les spectateurs peuvent voir en direct un des yeux du pilote atterrir contre le pare-brise et glisser lentement vers un petit tas rosâtre glissant lui aussi vers le bas. Au même instant, la voiture part vers la droite de la route, échappant à tout contrôle. Vsevolod encore sous le choc se jette vers le volant et redresse la voiture non sans mal. La partie basse du corps du pilote est encore en place, ses jambes et ses pieds n'ont presque pas bougé et la force mise dans le geste de Vsevolod glisser les restes de la jambe droite vers le plancher, ce qui a pour effet de faire piler la voiture tout en maintenant enfoncé l'accélérateur. Le bruit horrible qui provient du moteur force les techniciens à l'atténuer, mais pour le champion c'est insoutenable. Au même moment, Robby accélère et sourit dans le rétroviseur central vers lequel il oriente sa caméra... "Est-ce qu'il a bien perdu son chauffeur? Je n'en doute pas. Comme je ne doute pas d'ailleurs qu'il soit encore en vie votre champion... Alors passons aux choses sérieuses." Il ponctue sa phrase d'une pression sur le second bouton jaune. Aussitôt la caméra de Vsevolod se fixe sur le siège du conducteur tandis que le champion est propulsé contre le plafond de la voiture, une explosion assourdissante finissant de l'assommer. Une seconde plus tard la caméra montre le dossier du siège conducteur, puis le côté passager, à l'extérieur, le haut et le bas se mélangent sans logique apparente. Les bruits de tôle froissée deviennent tellement insoutenables que les techniciens du son préfèrent les couper littéralement. Dans les studios, le public est encore sous le choc, les images données par la caméra de Vsevolod continuent de défiler, mais sans le son. Tout le monde retient son souffle créant une seconde zone de silence. Même le présentateur à qui on somme de reprendre le cours de l'émission est resté bouche bée. La production se bat pour rester dans les limites extrêmes de la légalité et voilà que le poulain devient fou et offre aux critiques mille raisons de faire stopper la diffusion du programme.
Pendant ce temps, la voiture termine sa folle course dans un fossé en bas de la route. La caméra de Robby montre une compression qui dans d'autres circonstances aurait pu être artistique. Il descend de sa voiture, sans un mot. Un fusil à pompe dans les mains. Il le braque en direction de la voiture en aval. Attendant quelques instants, il pose son fusil au sol et s'accroupit. Il sort de sa poche deux grenades qu'il jette après les avoir dégoupillées. Au loin les phares de la camionnette qui devançait Vsevolod éclairent l'obscurité de plus en plus présente. Les grenades explosent, créant de longues gerbes de flammes. Ces dernières en plus de disséquer la voiture font exploser le moteur et ce qu'il contenait. La camionnette se rapproche encore, Robby explique sa joie d'avoir eu si facilement Vsevolod. Une fois clairement dans son champ de vision, la voix de Robby devient moins sure, il a juste le temps de récupérer son fusil pendant qu'il voit sortir des têtes encagoulées. Quatre hommes hurlent dans une langue à l'accent indéfinissable. Ils lui crient dessus tout en le braquant à l'aide de leurs mitraillettes. Robby n'a pas le temps de comprendre ce qu'il lui arrive tandis que les hommes lui tirent dessus. Son gilet pare-balles est suffisamment efficace pour le propulser en arrière, le faisant tomber en contrebas, dans les flammes de la voiture en ruines. Des hommes continuent de tirer sur lui, les autres poussent la voiture vers le même précipice.
Personne dans les studios ne parvient à croire ce qu'il voit. Les producteurs s'époumonent dans leurs téléphones alors que des techniciens gèrent du mieux qu'ils peuvent images et sons directs, que d'autres s'occupent de ressortir les meilleurs moments déjà traités pour un ralenti de circonstance, et que d'autres, enfin diffusent ce qu'il faut vers le public. Spécialistes et présentateurs sont en état de choc, le présentateur a même arraché son oreillette et jeté son micro sur le sol. Des spectateurs se sont levés pour demander des explications aux divers caméramans et autres techniciens.
Le présentateur, toujours aussi secoué est totalement perdu dans ses pensées. La production annonce à la chaîne une coupure pub.

Une nuit tombante, à l'orée d'un bois. Trois journalistes préparent leur matériel. Le temps humide et le léger vent les auraient gênés s'ils ne s'étaient pas équipés auparavant, mais tout avait été prévu.
-Ton micro, je t'ai déjà d'y faire attention! T'es peut-être en stage, mais là on est sur du lourd! Pas question de tout faire foirer! Compris?!
-La ferme les gars! Ils arrivent... L'homme se recoiffe rapidement, teste ses effets de visage face à un petit miroir de poche, et le range tout en passant sa langue sur des dents et en jouant des jambes pour que son pantalon tombe parfaitement.
Une jeep arrive, cinq hommes vêtus de treillis de camouflage, de vestes paramilitaires kaki surmontant des sweat à capuches noirs descendent lorsqu'elle s'arrête à hauteur des trois journalistes. Chacun des hommes de la jeep porte une cagoule noire. Pas possible de les différencier les uns des autres.
Le responsable des journalistes les salue silencieusement. Le contrat est clair, ils peuvent filmer, mais à aucun moment ils ne doivent prononcer le moindre mot. Le caméraman et le responsable du son sont des stagiaires rêvant d'avoir l'affaire qui leur permettrait de monter en flèche. Les hommes de la jeep sont armés de mitraillettes et des ceintures de grenades et de munitions ornent leurs torses et leurs tailles. Leur chef, d'un fort accent slave, dit: "Le contrat est le contrant! Pas un mot, pas un geste déplacé! Vous serez l'ombre Vsevolod!" Les journalistes blêmissent lorsqu'ils voient Vsevolod passer derrière eux et se mettre à l'écart de la route. Il leur fait signe de les suivre alors que la jeep redémarre. Le micro perchiste murmure un vague "ils auraient pu nous prend..." Mais se ramasse un coup derrière l'oreille de la part de son supérieur. Ce dernier met son index devant sa bouche pour le faire taire. S'il n'avait pas une idée derrière la tête, certainement n'aurait-il pas pris ce stagiaire avec lui. Le concept de ses reportages a été refusé par sa chaîne puis par la concurrence. Mais une chaîne câblée a signé un accord concernant le concept. Les émissions sont tournées en secret et arrivé à la cinquième, le directeur de la chaîne acceptera ou non d'en diffuser le contenu. Pour le moment, trois émissions avaient été tournées. La préparation étant un élément indispensable tant pour les journalistes que pour comprendre l'action principale, à chaque fois, il fallait faire un travail de documentation important en amont, contacter les familles, découvrir les origines de telle ou telle histoire, se renseigner sur les lieux de l'action, sur les protagonistes. Un travail bien plus éprouvant que le journalisme traditionnel. Mais le jeu en valait la chandelle, et si perdre ses deux premiers collaborateurs avait occasionné un réel traumatisme pour cet expert du documentaire réaliste, il avait su dépasser ce choc initial pour le transformer en hommage à ses anciens partenaires morts pour que le journalisme en ressorte plus fort. Pour le moment, la police enquêtait encore sur les disparitions de ces deux hommes, mais elle aurait du mal à remonter jusqu'à ce qu'il s'est réellement passé. Du moins tant que l'émission ne serait pas diffusée. Quel choc alors pour les familles de découvrir la vérité concernant la disparition de ses êtres chers, de ces journalistes hors du commun. Quelle joie aussi pour elles de pouvoir réclamer vengeance, quitte à réclamer la peau du journaliste survivant...
Depuis, il travaillait avec des stagiaires plus ou moins méconnus, qu'il pouvait laisser de côté en cas de souci. La justice déclarait qu'ils étaient tombés en tant que dommages collatéraux. Et là encore, il n'y avait eu aucune remontée jusqu'à lui. Le contrat qui le liait avec ses stagiaires était clair. Ils étaient soumis au secret professionnel tant que l'émission ne serait pas diffusée, alors seulement ils auraient leur salaire.
Jusque là, l'opération se déroule parfaitement, le cameraman sait aussi bien qu'un pro tenir sa camera et filmer ce qu'il faut, le porte micro malgré quelques erreurs flagrantes semble tenir sa perche hors du champ. Vsevolod court le dos voûté et réussit à ne faire craquer presque aucune branche. Lorsqu'il s'arrête les trois journalistes s'arrêtent aussi et se couchent en même temps que lui. A quelques centaines de mètres, le village fête un mariage. Une cinquantaine de personnes est réunie dans la salle communale où se déroulent les festivités. Presque tout le monde est invité au mariage, sauf quelques indésirables et les membres des familles rivales. Lorsque les phares de la jeep se coupent, Vsevolod redémarre au pas de course, surprenant par la même les hommes censés être son ombre. Vsevolod s'arrête derrière la première maison qu'il trouve, y dépose un de ses quatre petits sacs, il farfouille dedans quelques secondes et repart en trottinant. Le reporter en chef demande au caméraman de filmer le contenu du sac. Des explosifs sont reliés à un dispositif indiquant 8 minutes 55. La caméra filme alors le bâtiment et tandis que les journalistes repartent, la devanture d'une petite station service apparaît dans l'angle. Déjà Vsevolod a déposé son second sac. La salle des fêtes n'est plus qu'à cent cinquante mètres, et la jeep avance au ralenti. La musique du mariage résonne dans les petites rues vides de tout habitant. Lorsqu'elle n'est plus qu'à trente mètres de la salle, dans une rue adjacente, les trois hommes saute et se dirigent vers le lieu de l'action. Grenades en mains et mitraillettes en bandoulières, ils sont parés pour leur plan. Les journalistes ont été placés de telle sorte qu'ils pourront tout filmer sans avoir à être repérés ou être impliqués. Vsevolod leur a indiqué où l'attendre le temps qu'il agisse et revienne. Avec son dernier sac, il s'est faufilé vers la porte donnant sur la cuisine de la salle des fêtes, il est revenu quelques minutes plus tard. Déjà les premières explosions de grenades se font entendre, les cris des invités se mélangent. Le porte micro tremble légèrement, le visage totalement pâle et la sueur coulant dans sa nuque. Le cameraman, lui, étant en transe et zoomant ici ou là, totalement dans l'action. Le reporter en chef sort une petite caméra de sa sacoche et filme à son tour. Personne ne faisant réellement attention à lui. Vsevolod un genou à terre vise la salle, prêt à tirer sur quiconque parviendrait à en sortir. Les cris de douleur et de peur se font plus rares à mesure que les rafales des trois hommes s'espacent. Bientôt ils ressortent en courant tandis que la charge laissée à l'arrière de la salle explose. Quelques têtes sortent des fenêtres et Vsevolod tire dans leur direction, parvenant à les atteindre ou à les faire se cacher aussitôt. Le reporter en chef demande au caméraman de lui donner son instrument un instant, mais lorsque la jeep redémarre, Vsevolod part à son tour, surprenant encore une fois les journalistes. Le reporter en chef s'éclipse rapidement les deux caméras en main, comme par accident. Les deux autres et leur lièvre, entièrement dans le feu de l'action ne se rendent compte de rien.
Le reporter, seul, se rue vers la salle des fêtes et y filme les cadavres ainsi que les mourants. Il parle d'une voix neutre et détachée, comme si tout était normal. "Voici ce que peut entraîner une vendetta entretenue depuis 27 ans peut entraîner. Personne ne se souvient vraiment comment tout a commencé, mais lorsque la jeune Pelagueïa Pokornizka est tombée amoureuse de Guennadi Altınkaya imaginait-elle mettre les pieds dans une histoire de famille bien plus vieille qu'elle? L'origine de ce conflit, même si elle est perdue a des effets encore visibles. Et ce drame, aujourd'hui, au cours de ce mariage en est le vivant témoignage. Quatre hommes armés et visiblement décidés à tuer le plus de monde possible sont arrivés sur les lieux de la fête, tirant à vue et envoyant des grenades dans les groupes de danseurs. Aucun survivant ne pourra témoigner de ce qu'il a vu. Même les personnes osant s'interposer sont mortes, les simples curieux ont été abattus ou trop effrayés pour qu'ils restent à leurs fenêtres. Une fois encore, la loi du silence s'est abattue sur une petite ville sans histoire, une fois encore la loi du talion a parlé. Qui pourra entretenir cette vendetta désormais? Aura-t-elle encore une raison d'être? Combien de personnes vont chercher à venger ces pauvres victimes? Parce que j'étais sur les lieux depuis quelques jours, j'ai pu mener mon enquête et interroger des personnes se trouvant sans doute dans le charnier que je laisse derrière moi. J'ai même pu rencontrer ceux qui se cachaient derrière leurs cagoules et leurs armes pour faire s'abattre sur des familles entières le courroux d'une seule autre... Mesdames et messieurs, c'est ce que je vous propose de regarder dans ma nouvelle émission!"
Les gens commencent à sortir de leurs maisons pour venir voir la salle en flammes. Le reporter en chef, s'enfuit le plus discrètement possible. Pas question de se faire prendre si vite.
Il ne lui faut que peu de temps pour rejoindre le point de départ de cette équipée. Sur place, les corps décapités de ses deux stagiaires ont été abandonnés, avec des armes et des grenades. Des faux papiers sur eux les font passer pour d'autres personnes. Vsevolod est l'un d'eux.
Le reporter regarde autour de lui, affolé. Et s'ils étaient encore là, prêts à fondre sur lui? Et s'ils le regardaient tout de suite? Sortant sa caméra, le cœur battant la chamade et l'estomac au bord des lèvres il reprend son reportage, la main tremblante. "Mesdames et messieurs, voici les corps des deux autres victimes. Rien ne me permet de les identifier, puisque j'ai retrouvé ces corps sans leurs papiers, peut-être que des villageois ont cherché à venger leurs morts ou peut-être sont-ce les barbares qui ont encore fait deux victimes. Je ne sais pas. Ce que je sais, c'est que dans le village les gens viennent de commencer à éteindre les incendies qui se sont rapidement propagés malgré le mauvais temps. Chers amis, j'espère tout autant vous présenter les coupables et pourquoi pas leur demander leurs motivations, que de ne pas les croiser tant ils sont violents" Il coupe la caméra et marche en direction de la grande ville la plus proche, celle où il a rencontré le chef de Vsevolod le premier jour. C'est de là-bas qu'il aura une chance de quitter la région le plus rapidement possible. Il est certain que s'il reste dans le secteur, les autres lui feront subir le même sort...