mardi 5 mai 2009

Une nuit tombante, à l'orée d'un bois. Trois journalistes préparent leur matériel. Le temps humide et le léger vent les auraient gênés s'ils ne s'étaient pas équipés auparavant, mais tout avait été prévu.
-Ton micro, je t'ai déjà d'y faire attention! T'es peut-être en stage, mais là on est sur du lourd! Pas question de tout faire foirer! Compris?!
-La ferme les gars! Ils arrivent... L'homme se recoiffe rapidement, teste ses effets de visage face à un petit miroir de poche, et le range tout en passant sa langue sur des dents et en jouant des jambes pour que son pantalon tombe parfaitement.
Une jeep arrive, cinq hommes vêtus de treillis de camouflage, de vestes paramilitaires kaki surmontant des sweat à capuches noirs descendent lorsqu'elle s'arrête à hauteur des trois journalistes. Chacun des hommes de la jeep porte une cagoule noire. Pas possible de les différencier les uns des autres.
Le responsable des journalistes les salue silencieusement. Le contrat est clair, ils peuvent filmer, mais à aucun moment ils ne doivent prononcer le moindre mot. Le caméraman et le responsable du son sont des stagiaires rêvant d'avoir l'affaire qui leur permettrait de monter en flèche. Les hommes de la jeep sont armés de mitraillettes et des ceintures de grenades et de munitions ornent leurs torses et leurs tailles. Leur chef, d'un fort accent slave, dit: "Le contrat est le contrant! Pas un mot, pas un geste déplacé! Vous serez l'ombre Vsevolod!" Les journalistes blêmissent lorsqu'ils voient Vsevolod passer derrière eux et se mettre à l'écart de la route. Il leur fait signe de les suivre alors que la jeep redémarre. Le micro perchiste murmure un vague "ils auraient pu nous prend..." Mais se ramasse un coup derrière l'oreille de la part de son supérieur. Ce dernier met son index devant sa bouche pour le faire taire. S'il n'avait pas une idée derrière la tête, certainement n'aurait-il pas pris ce stagiaire avec lui. Le concept de ses reportages a été refusé par sa chaîne puis par la concurrence. Mais une chaîne câblée a signé un accord concernant le concept. Les émissions sont tournées en secret et arrivé à la cinquième, le directeur de la chaîne acceptera ou non d'en diffuser le contenu. Pour le moment, trois émissions avaient été tournées. La préparation étant un élément indispensable tant pour les journalistes que pour comprendre l'action principale, à chaque fois, il fallait faire un travail de documentation important en amont, contacter les familles, découvrir les origines de telle ou telle histoire, se renseigner sur les lieux de l'action, sur les protagonistes. Un travail bien plus éprouvant que le journalisme traditionnel. Mais le jeu en valait la chandelle, et si perdre ses deux premiers collaborateurs avait occasionné un réel traumatisme pour cet expert du documentaire réaliste, il avait su dépasser ce choc initial pour le transformer en hommage à ses anciens partenaires morts pour que le journalisme en ressorte plus fort. Pour le moment, la police enquêtait encore sur les disparitions de ces deux hommes, mais elle aurait du mal à remonter jusqu'à ce qu'il s'est réellement passé. Du moins tant que l'émission ne serait pas diffusée. Quel choc alors pour les familles de découvrir la vérité concernant la disparition de ses êtres chers, de ces journalistes hors du commun. Quelle joie aussi pour elles de pouvoir réclamer vengeance, quitte à réclamer la peau du journaliste survivant...
Depuis, il travaillait avec des stagiaires plus ou moins méconnus, qu'il pouvait laisser de côté en cas de souci. La justice déclarait qu'ils étaient tombés en tant que dommages collatéraux. Et là encore, il n'y avait eu aucune remontée jusqu'à lui. Le contrat qui le liait avec ses stagiaires était clair. Ils étaient soumis au secret professionnel tant que l'émission ne serait pas diffusée, alors seulement ils auraient leur salaire.
Jusque là, l'opération se déroule parfaitement, le cameraman sait aussi bien qu'un pro tenir sa camera et filmer ce qu'il faut, le porte micro malgré quelques erreurs flagrantes semble tenir sa perche hors du champ. Vsevolod court le dos voûté et réussit à ne faire craquer presque aucune branche. Lorsqu'il s'arrête les trois journalistes s'arrêtent aussi et se couchent en même temps que lui. A quelques centaines de mètres, le village fête un mariage. Une cinquantaine de personnes est réunie dans la salle communale où se déroulent les festivités. Presque tout le monde est invité au mariage, sauf quelques indésirables et les membres des familles rivales. Lorsque les phares de la jeep se coupent, Vsevolod redémarre au pas de course, surprenant par la même les hommes censés être son ombre. Vsevolod s'arrête derrière la première maison qu'il trouve, y dépose un de ses quatre petits sacs, il farfouille dedans quelques secondes et repart en trottinant. Le reporter en chef demande au caméraman de filmer le contenu du sac. Des explosifs sont reliés à un dispositif indiquant 8 minutes 55. La caméra filme alors le bâtiment et tandis que les journalistes repartent, la devanture d'une petite station service apparaît dans l'angle. Déjà Vsevolod a déposé son second sac. La salle des fêtes n'est plus qu'à cent cinquante mètres, et la jeep avance au ralenti. La musique du mariage résonne dans les petites rues vides de tout habitant. Lorsqu'elle n'est plus qu'à trente mètres de la salle, dans une rue adjacente, les trois hommes saute et se dirigent vers le lieu de l'action. Grenades en mains et mitraillettes en bandoulières, ils sont parés pour leur plan. Les journalistes ont été placés de telle sorte qu'ils pourront tout filmer sans avoir à être repérés ou être impliqués. Vsevolod leur a indiqué où l'attendre le temps qu'il agisse et revienne. Avec son dernier sac, il s'est faufilé vers la porte donnant sur la cuisine de la salle des fêtes, il est revenu quelques minutes plus tard. Déjà les premières explosions de grenades se font entendre, les cris des invités se mélangent. Le porte micro tremble légèrement, le visage totalement pâle et la sueur coulant dans sa nuque. Le cameraman, lui, étant en transe et zoomant ici ou là, totalement dans l'action. Le reporter en chef sort une petite caméra de sa sacoche et filme à son tour. Personne ne faisant réellement attention à lui. Vsevolod un genou à terre vise la salle, prêt à tirer sur quiconque parviendrait à en sortir. Les cris de douleur et de peur se font plus rares à mesure que les rafales des trois hommes s'espacent. Bientôt ils ressortent en courant tandis que la charge laissée à l'arrière de la salle explose. Quelques têtes sortent des fenêtres et Vsevolod tire dans leur direction, parvenant à les atteindre ou à les faire se cacher aussitôt. Le reporter en chef demande au caméraman de lui donner son instrument un instant, mais lorsque la jeep redémarre, Vsevolod part à son tour, surprenant encore une fois les journalistes. Le reporter en chef s'éclipse rapidement les deux caméras en main, comme par accident. Les deux autres et leur lièvre, entièrement dans le feu de l'action ne se rendent compte de rien.
Le reporter, seul, se rue vers la salle des fêtes et y filme les cadavres ainsi que les mourants. Il parle d'une voix neutre et détachée, comme si tout était normal. "Voici ce que peut entraîner une vendetta entretenue depuis 27 ans peut entraîner. Personne ne se souvient vraiment comment tout a commencé, mais lorsque la jeune Pelagueïa Pokornizka est tombée amoureuse de Guennadi Altınkaya imaginait-elle mettre les pieds dans une histoire de famille bien plus vieille qu'elle? L'origine de ce conflit, même si elle est perdue a des effets encore visibles. Et ce drame, aujourd'hui, au cours de ce mariage en est le vivant témoignage. Quatre hommes armés et visiblement décidés à tuer le plus de monde possible sont arrivés sur les lieux de la fête, tirant à vue et envoyant des grenades dans les groupes de danseurs. Aucun survivant ne pourra témoigner de ce qu'il a vu. Même les personnes osant s'interposer sont mortes, les simples curieux ont été abattus ou trop effrayés pour qu'ils restent à leurs fenêtres. Une fois encore, la loi du silence s'est abattue sur une petite ville sans histoire, une fois encore la loi du talion a parlé. Qui pourra entretenir cette vendetta désormais? Aura-t-elle encore une raison d'être? Combien de personnes vont chercher à venger ces pauvres victimes? Parce que j'étais sur les lieux depuis quelques jours, j'ai pu mener mon enquête et interroger des personnes se trouvant sans doute dans le charnier que je laisse derrière moi. J'ai même pu rencontrer ceux qui se cachaient derrière leurs cagoules et leurs armes pour faire s'abattre sur des familles entières le courroux d'une seule autre... Mesdames et messieurs, c'est ce que je vous propose de regarder dans ma nouvelle émission!"
Les gens commencent à sortir de leurs maisons pour venir voir la salle en flammes. Le reporter en chef, s'enfuit le plus discrètement possible. Pas question de se faire prendre si vite.
Il ne lui faut que peu de temps pour rejoindre le point de départ de cette équipée. Sur place, les corps décapités de ses deux stagiaires ont été abandonnés, avec des armes et des grenades. Des faux papiers sur eux les font passer pour d'autres personnes. Vsevolod est l'un d'eux.
Le reporter regarde autour de lui, affolé. Et s'ils étaient encore là, prêts à fondre sur lui? Et s'ils le regardaient tout de suite? Sortant sa caméra, le cœur battant la chamade et l'estomac au bord des lèvres il reprend son reportage, la main tremblante. "Mesdames et messieurs, voici les corps des deux autres victimes. Rien ne me permet de les identifier, puisque j'ai retrouvé ces corps sans leurs papiers, peut-être que des villageois ont cherché à venger leurs morts ou peut-être sont-ce les barbares qui ont encore fait deux victimes. Je ne sais pas. Ce que je sais, c'est que dans le village les gens viennent de commencer à éteindre les incendies qui se sont rapidement propagés malgré le mauvais temps. Chers amis, j'espère tout autant vous présenter les coupables et pourquoi pas leur demander leurs motivations, que de ne pas les croiser tant ils sont violents" Il coupe la caméra et marche en direction de la grande ville la plus proche, celle où il a rencontré le chef de Vsevolod le premier jour. C'est de là-bas qu'il aura une chance de quitter la région le plus rapidement possible. Il est certain que s'il reste dans le secteur, les autres lui feront subir le même sort...

1 commentaire:

Lesendar a dit…

Comme le texte précédent, celui-ci n'a pas vraiment de fin, mais je m'en fiche. Je cherche seulement à réécrire, à retrouver la motiv^^
ça revient tout doucement!