jeudi 14 janvier 2010

Les chronolites de R.C Wilson

Les Chronolites.
Rien que le titre et la couverture (chez folio SF et chez Denoël) m'ont attirés. Un énorme monolithe noir qui trône fièrement le long de la muraille (de Chine?).
Bref, le pitch de base est une petite perle: Des monolithes ou des statues gigantesques apparaissent à différents endroits de la Terre en plusieurs années. Ces monuments annoncent la victoire de Kuin, seigneur de guerre sur le monde dans une vingtaine d'années. Qui est ce Kuin? Que va-t-il se passer?
Lorsque le premier monolithe arrive, des gens sont sur place et constatent qu'un gigantesque monument (on parle parfois de centaines de mètres de haut) est apparu sans prévenir. Le narrateur était là et est encore là une fois que les vingt années sont écoulées. Il raconte l'histoire telle qu'il l'a vécue. Il raconte les événements à sa façon, c'est à dire en s'intéressant à des choses et moins à d'autres. On est dans une histoire "personnelle" même si elle touche l'humanité entière. Ce récit est donc une sorte de témoignage. Ce qui rend l'histoire plus vivante, plus "crédible". On est avec les personnages, on ressent ce qu'il vit, ce qu'il ressent... Et surtout, ça permet de ne s'intéresser qu'aux moments qui ont marqué le narrateur, de passer sous silence les autres, ceux qui potentiellement seraient moins intéressants. Donc l'histoire est découpée de sorte à ce que l'attention du lecteur ne diminue pas.

L'histoire en elle-même part donc de ce pitch assez simple, des monuments du futur sont envoyés dans le passé (notre présent). Est-ce que le futur est réellement écrit? Est-ce que ce sont nos actes qui vont entraîner cet avenir ou pas? Est-ce qu'on est destiné ou non à laisser ce Kuin faire ce qu'il annonce? Le narrateur va retrouver une de ses profs de fac, qui se révèle être une sommité dans l'étude de la causalité et qui va s'intéresser à ces chronolithes... Et là, on se retrouve imbriqué dans des réflexions plus que prenantes sur le hasard, la causalité, le rapport au temps. Pour un peu, j'aurais aimé que ce livre ne s'arrête pas, continue de m'amener des pistes de réflexions.

Le style de Wilson (comme dans les fils du vent) est parfaitement maîtrisé. C'est à dire qu'il rend crédibles des personnages aussi bien masculins que féminins, riches que pauvres, idiots qu'intelligents. Ses dialogues sont justes et les réactions qu'ils entraînent aussi.
Le découpage tant de l'histoire que de ses scènes est efficace, même si par moments j'ai ressenti la volonté de faire des "effets" (Dans une scène "d'action" on apprend ce qu'il se passe ailleurs, mais on revient dans la scène précédente alors que la scène se déroulant ailleurs n'est pas "terminée", histoire de laisser un suspens factice.).
Le scénario est prenant, on a envie de dénouer les fils, de comprendre où veut nous mener l'auteur, on a envie de "comprendre" plus vite, aussi bien que le narrateur... Bref, on ne décroche pas un instant du livre.

J'ai trouvé la fin un peu trop rapide, genre cheveu dans ma purée (c'est pas dramatique, on s'en remet vite, pas comme dans la soupe où on se brûle les doigts et où le cheveu glisse), mais sans pour autant nuire au livre.

Bref, un livre que je conseillerais à ceux qui ont aimé Rollback, qui aiment réfléchir sur la notion de cause à effet, sur le temps, et sur quelques autres points liés à l'histoire...
Un très bon livre de SF!