mardi 22 juin 2010

Jpod de Douglas Coupland

Jpod de Douglas Coupland chez Le Diable Vauvert.

Avez-vous déjà lu un livre qui vous ait tant transporté que le résumer en est devenu impossible, voire même dont le simple fait d'en parler déflore la trame, la narration? Qu'il vous semble peut-être même impossible de lui rendre hommage à sa juste valeur?
Voici mon problème avec Jpod.

C'est un Chef d'oeuvre!
Le style d'écriture est entraînant, vivant, dynamique. La narration est entrecoupée de détails, de publicités, d'idées, etc... (Visuellement, ça donne un livre totalement différent de ce qu'on a l'habitude de lire). Avec la masse d'informations futiles ou pas qu'on amasse, on veut tout vérifier, on veut "faire comme" les personnages du roman. Bref, on est happés par l'histoire que l'auteur raconte et par ce qu'il ne raconte pas. C'est bluffant.

L'idée de base, si je parviens à la résumer correctement tient à ceci: "Ethan travaille à Jpod, dans une entreprise de jeux vidéos. Ses collègues et lui doivent inclure un personnage de tortue (parce que les tortues sont "cools" d'après leur nouveau responsable!) dans un jeu de skateboard où une tortue n'aurait logiquement pas sa place. Mais Coupland ne s'arrête pas à ça, loin s'en faut. S'en tenir à ce "pitch", ça aurait été trop simple. Il se lance dans des digressions captivantes, crée des personnages crédibles et charismatiques, les plonge dans des situations hallucinantes (mais crédibles!). Si bien qu'on voudrait presque que le livre ne s'arrête jamais, qu'on voudrait voir ces personnages pour discuter avec eux...

Tout au long du livre, l'auteur nous immerge dans une culture que tous ne chercheront pas à comprendre, celle de ma génération, la génération des trentenaires qui sont nés une seconde fois lorsque Internet est arrivé. Lorsque la moindre question idiote trouve une réponse via "google". On est à la limite extrême de la culture Geek. Les plus âgés pourront ne pas adhérer, pourtant ce livre est, pour moi, un miroir de notre époque.

Oserai-je conclure en écrivant que Douglas Coupland a écrit ici le livre d'une génération?
Oui j'ose! Et je dis même qu'il ne faut le manquer sous aucun prétexte!

Un grand merci au Diable Vauvert qui encore une fois nous livre un livre de qualité!


Voici quelques liens pour ceux qui voudront en savoir plus sur l'histoire, le livre, Coupland ou le Diable vauvert:
- Le diable vauvert: www.audiable.com
- Douglas Coupland: www.coupland.com et fr.wikipedia.org/wiki/Douglas_Coupland
- Jpod: www.jpod.info
- Différents blogs parlant de Jpod: Krinein, Chronicart

Et encore, il y a la dose de liens à trouver par vous même :)

Edit: Ne ratez pas ce livre!

mardi 15 juin 2010

Vegas Mytho de Christophe Lambert

Vegas Mytho, le dernier roman adulte de Christophe Lambert. Attendu depuis plus d'un an par les fans.
Le pitch est plus qu'attirant: "Les dieux des anciens panthéons existent, ils sont devenus Hommes parmi les Hommes. Dans les années 50, à Vegas, deux panthéons divins se livrent une guerre sur fond de Casino, de FBI et de Mafia."

Le scénario, même s'il est classique, est assez bien ficelé. La trame narrative reste fidèle au genre des "polars noirs". On est "baladé" d'événement en événement comme dans un film.
L'auteur s'est documenté sur pas mal de choses, comme d'habitude ça se sent, parfois un peu trop.

Bon, en fait, je ne pourrai pas être objectif tant ce livre m'a frustré. Tout d'abord, je tiens à préciser que j'ai lu American Gods et que c'est un livre qui m'a vraiment plu. Mais je vais tenter d'en faire abstraction durant cette critique...

Le premier point négatif pour moi est la narration. Le narrateur est un pseudo alcoolique, un pseudo artiste, mais rien dans sa façon de raconter l'histoire ne sonne vrai. Il est stéréotypé sans parvenir à faire crédible. Il est vulgaire, cru et trop peu intéressant pour qu'on ait envie de faire l'effort de le suivre. On pourrait penser à un parti-pris, mais en fait, ça ne colle pas.
Si on lie ce point aux personnages divins, on se sent encore plus mal. Là encore, ils sont stéréotypés, mais en plus, comme le personnage principal, ils sont "bêtes", prévisibles, voire pire, carrément pas divins. On pourrait s'attendre, de la part d'immortels, à des dialogues plus relevés, voire plus "classieux", mais non, on a l'impression de lire des dialogues d'un mauvais film français. C'est dommage.

Pour clôturer le tout, l'autre gros aspect négatif, et pas le moindre, c'est le fait que l'histoire est censée se dérouler dans les années 50, mais qu'à AUCUN moment je n'ai eu la sensation d'y être immergé. L'histoire pourrait tout aussi bien se dérouler aujourd'hui, il y a 10-20 ans ou demain ou dans 10-20 ans, on ne verrait pas du tout la différence. C'est d'autant plus dommage que TOUT LE LONG du livre, on ne peut s'empêcher de remarquer des anachronismes, des remarques qui ne collent pas du tout à l'époque, des choix d'images qui ne sont pas d'époques ou qui sonnent "faux". Bref, moi qui ne suis féru ni d'histoire antique, ni des fifties, j'ai remarqué ces erreurs. Je n'ose imaginer les réactions des plus accros à l'histoire.
D'ailleurs, les anecdotes (ou événements de l'Histoire avec le grand H) relatés par nos personnages immortels, si elles sont sans aucune doute basées sur du réel et bien documentées, n'en restent pas moins trop classiques et "entendues" pour être intéressantes (Athena critique Hitler comme le font les "oui-mais" (C'est un fou psychopathe), Thor qui soutient Hitler pour le plaisir de faire la guerre (je Caricature, mais on est plus à ça près dans ce livre))...

En conclusion, Vegas Mytho est un roman avec des Dieux qui n'ont rien de divin (si, ils lancent des éclairs, peuvent lire dans les pensées, ou profiter de quelques super pouvoirs), qui se comportent comme les sous doués en vacances mais qui sont malgré tout plus balèzes que l'histoire (ils arrivent à manigancer et trahir plus que ceux qui manigancent et trahissent), et qui est narré par un type qui pourrait être n'importe quel clampin se prenant pour un "beau gosse de la narration".
Bref, du grand n'importe quoi...

Pourtant...
Ce livre pourra plaire à des personnes qui aiment lire sans se prendre la tête, qui ne sont pas gênées par de nombreuses libertés historiques (et autres anachronismes flagrants), ou qui pourquoi pas veulent s'essayer à de la fiction moins spatiale ou ork Vs elfes...
Fondamentalement, Vegas Mytho n'est pas mauvais, mais il aurait pu être mille fois meilleur. C'est ça qui me désole. Avoir trouvé un auteur qui se lise bien, mais pour lequel je me dis sans cesse "Si c'était mieux écrit, ça serait géant!"

jeudi 3 juin 2010

La tour de Tokyo. Maman, moi, et papa de temps en temps. Lily Franky

La tour de Tokyo. Maman, moi, et papa de temps en temps.
Un roman de Lily Franky (Le pseudo de Nakagawa Masaya).
Cet auteur n'est pas vraiment connu en France, pourtant au Japon,il est illustrateur, musicien, chroniqueur de presse et de radio, scénariste, acteur de cinéma, auteur d'albums pour les enfants. Bref, c'est un personnage polymorphe et complet.

Ce roman est en fait un récit rendant hommage à la mère de l'auteur. Le titre en soit n'apporte pas autant d'informations sur le livre que le sous-titre. "maman, moi, et papa de temps en temps."

L'auteur est né dans la campagne japonaise dans les années soixante. C'est un Japon en plein mutation qu'il nous fait découvrir. Un Japon qui éclate et qui s'éveille dans la modernité, tout en gardant son mode de vie ancestral.
Mais très rapidement, cet aspect "sociologique" du livre passe au second plan, s'efface devant la relation du fils et de la mère. Le père a quitté très tôt la cellule familiale pour continuer à vivre SA vie, mais qui n'a de cesse de repasser dans la vie de sa femme et de son fils. La mère, elle, a en grande partie quitté sa vie de femme pour ne rester que mère.

Lily Franky nous présente sa vie, sa mère, mais sa tomber dans la mièvrerie, sans faux-semblants, sans se cacher. Un tableau qui bouleverse et émeut tant on s'identifie aux personnages, ou tant on aimerait ou non ne pas se retrouver dans ce qu'il raconte.

Nombreux sont les passages où l'on ri, où l'on s'indigne, où l'on acquiesce aux propos de l'auteur. On ne peut que s'étonner aussi lorsqu'on se rend compte que malgré les différences culturelle et sociale, les japonais sont "comme nous en occident".
Comment ne pas tomber d'accord lorsque l'auteur remarque que l'homme ne cesse d'évoluer, d'inventer, d'innover, de s'entourer de technologie et de se différencier de ses ancètres, mais que malgré tout, les sentiments qu'éprouvaient nos ancètres, nous les éprouvons aussi.

On se retrouve aux côtés du narrateur. A arpenter le japon au cours du temps, jusqu'à aujourd'hui. Ses griefs, ses coups de coeur, on ne peut que se les approprier en s'étonnant de ne pas les avoir écrits, voire exprimés nous même.

Pour palier à d'éventuels a priori que vous pourriez avoir, je tiens à signaler deux trois choses (au vu d'autres critiques sur le net, je ne peux que m'étonner et le signaler ici).
L'auteur présente sa vie, en regard de ses expériences, il parle de ses parents en les présentant comme il les ressent. J'ai pu lire que son père était violent. Je ne suis pas d'accord. Oui Lily parle de deux scènes de violences liées à l'alcool, oui il parle d'un père rentrant tard et alcoolisé, mais à aucun moment il ne dit que son père était "mauvais ou le frappait", d'ailleurs on ressent l'intensité de ces scènes, mais pas pour autant une maltraitance continue. D'ailleurs les parents se séparent rapidement, mais pas seulement pour ces raisons. Lorsque l'enfant reverra son père, on comprendra que celui-ci n'est pas un "père". Il voudrait sans doute l'être, et encore. Il gère son fils à distance, sans vraiment interférer dans sa vie, et quand il le fait, c'est bien maladroitement (par exemple, emmener son fils de 15 ans dans les "bains turcs" pour lui apprendre à dessiner des casques de chantier. Il le fait sans arrière-pensée sans doute, mais en terme d'éducation, c'est moyen...)
De même, la mère à laquelle rend hommage Lily, est une mère "parfaite", et cette image pourrait choquer nos féministes, voire des mères moins "fusionnelles". Pourtant, là encore, ce n'est pas ça qui m'a marqué, mais plutôt les sentiments du fils à l'égard de cette femme. Elle s'est "sacrifiée" pour qu'il puisse devenir un homme, un être responsable et adulte. Elle lui a donné toute sa vie. Jusqu'à ce qu'à son tour, son fils la prenne en charge. Alors, oui on pourra s'indigner de voir ce fils lui mentir, la prendre de haut. Pourtant, qui ne l'a pas fait? Qui n'a pas à un moment eut des choses à se reprocher après une dispute avec ses parents, ou après un événement "quelconque"? Mais comme je le disais plus haut, la force de Lily, c'est qu'il ne tombe pas dans le drama, il raconte. Il explique avec son regard et ça frappe au ventre, ça touche, parfois jusqu'aux larmes. Il sait manier les mots, sans en faire trop, en rythmant son texte comme pour nous enchanter.
Enfin, la tour de Tokyo. Ce titre, pour vraiment en apprécier toute la saveur, sans doute faudra-t-il en observer une photo et relire les premières pages du livre. Faute de quoi on pourrait passer à côté de certaines images qui titillent à la lecture mais ne s'imprègnent qu'au final.

Pour conclure, j'ai été plus qu'ému par ce livre, dévoré en deux soirées. Je regrette de ne pas l'avoir lu plus tôt (faute de quoi ma mère l'aurait reçu à la fête des mères) et encore une fois je me dis que jamais un enfant ne pourra remercier ses parents ou leur rendre hommage à la hauteur des sacrifices qu'ils font pour eux.

Un jour, en mai, quelqu'un m'a dit comm ça:
Fais juste ce que tu veux. Mais c'est ça qui est difficile.

Si je devais noter ce livre, il aurait bien le 19/20 (et encore parce la traduction m'a titillé à plusieurs reprises.)