jeudi 12 août 2010

La trilogie des Sentinelles, Loukianenko

Bonjour,
Comme vous l'aurez constaté dans ma critique précédente, j'ai très fortement apprécié les sentinelles de la nuit, du jour et du crépuscule. Et encore, c'est un doux euphémisme tant cette lecture m'a transporté, m'a immergé dans un monde totalement nouveau, tellement Loukianenko est retors, conteur, et "balèze".
En trois semaines, j'ai dévoré ses trois romans. Qui, pourtant, sont assez gros et divisés en trois histoires.
Alors après avoir lu le premier tome, je me suis dit "Impossible de ne pas lire le suivant!" et aussitôt le second terminé, je me suis dit "Je sens que je vais être frustré à la fin de ma lecture du troisième tome, il n'y a plus de Loukianenko en langue française!". Et ça n'a pas raté, sitôt mon troisième tome terminé, j'étais sur ma faim, presque déçu que ça s'arrête là (Pourtant nous avons une "vraie" fin!)
Qu'est-ce qui peut faire qu'on accroche autant à ces histoires?
D'un point de vue technique, la combine de Loukianenko fonctionne à merveilles. Il mêle à son talent de narrateur, de conteur, une incroyable capacité à créer des intrigues prenantes et qui tiennent la route. Il distille au fur et à mesure des histoires, des informations et des détails qui complètent son univers, qui précisent énormément de choses. Si bien que sans vraiment s'en rendre compte, lorsque la fin des histoires arrive, on se dit "Flûte! J'avais tous les indices sous les yeux!" Et c'est tout simplement parfait! On n'est pas floués! Il n'y a pas de "truc" caché qu'on ne peut voir et que seul le personnage principal repère. Là, si on réfléchit, on a la solution. S'en est frustrant quand à la fin du troisième tome on se rend compte, qu'encore une fois, ça marche!
Toujours sur le talent de l'auteur, il parvient à présenter son pays et sa culture en appuyant quelques stéréotypes et en les mélangeant à de vrais éléments culturels méconnus des "occidentaux". J'ai appris énormément de choses sur la Russie contemporaine et j'en suis plus qu'heureux.
Ensuite, concernant les histoires elles-mêmes. Comme je l'écrivais à l'instant, Loukianenko maîtrise sa narration et le contenu des histoires. Mais il parvient, en plus, à rendre chacun des personnages crédibles, on éprouve pour eux des sensations diverses. Et quand en lisant on se met à dire "Mais il est bête ou quoi? On vient de le mettre en garde et il fonce droit dans le panneau!", c'est tout simplement incroyable je trouve. On rentre littéralement dans l'histoire, qu'on apprécie le personnage principal ou pas, qu'on haïsse ou prenne en pitié tel ou tel protagoniste. Bref, on est au coeur de Moscou, avec chacun des Autres de la Ville.
S'ajoute à celà, la mythologie créée par Loukianenko. Il a su reprendre "à sa sauce" les grandes figures du fantastique. On retrouve donc les mages, les sorcières, les vampires et autres loup-garous, à notre époque, dans notre monde. Mais on est loin, très loin des classiques "Twilight", "Entretien avec un Vampire" ou autres images classiques de ces êtres fantastiques. Là, chacun de ces êtres est un "Autre", s'intégrant parfaitement dans une sorte de hiérarchie liée aux pouvoirs des "Autres". Même cette hiérarchie se clarifie au fil des tomes. On comprend d'où vient la "Force" des "Autres", leur influence sur la nature, l'origine de leurs différences. On part d'un schéma très facile à comprendre, pour en fin de lecture, se rendre compte que tout est bien plus complexe. J'imagine très facilement des lecteurs du premier tome se dire "Mouais, le bien contre le mal. Des forts en haut et des moins forts en bas, etc"... Et bien qu'ils se détrompent. Rien n'est figé. Le monde change et Loukianenko prend en compte cet aspect de notre réalité dans son univers.
Un exemple? Les Vampires sont des "Autres" qui sont "Sombres". Ils tuent des gens et peuvent ne pas réussir à se contrôler du tout. En fait, être "Sombre", ce n'est pas nécessairement faire le mal, c'est penser à soi avant de penser aux autres, et encore, même là c'est schématisé... Bref, s'ils tuent les gens et sucent leur sang c'est pour se nourrir. Oui, mais ils n'ont pas besoin du sang pour un aspect physiologique. Le sang est vecteur de sensations, celles de celui à qui il appartenait. Il est plus nourissant si les sensations étaient fortes. Qu'elles soient négatives, positives ou ressenties par une personne plus ou moins émotive... Les vampires ont des autorisations pour tuer des humains et s'en nourrir. Et ces autorisations sont délivrées par les Clairs...
Et voilà le début d'une longue piste de réflexions sur le bien le mal, le vampirisme, tout ce qu'on peut imaginer et sous-entendre de ce qu'écrit Loukianenko.

Vous l'aurez compris, j'ai été totalement emballé par cette oeuvre. Malgré des couvertures IMMONDES, sans AUCUN rapport avec le contenu des livres. Des quatrièmes de couvertures totalement inutiles et elles aussi, assez éloignées de ce que racontent les livres...
A croire qu'Albin Michel a sorti des livres en espérant montrer que les auteurs Russes de fantastique contemporain sont kitsch et ne se vendent pas... C'est tout simplement sidérant!

Donc si j'ai deux conseils à vous donner, c'est de lire à tout prix ces livres, et de customiser les couvertures pour pouvoir lire sans honte!


Lesendar qui éprouve à nouveau de l'admiration pour un écrivain en vie^^

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